Charlotte Pudal

Repères & sciences / Asymétries

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Asymétries · 5 sur 6

Une jambe plus courte explique-t-elle la plupart des douleurs ?

Réponse courte : non, les données disponibles ne permettent pas d’attribuer la plupart des douleurs à une jambe plus courte. Une différence peut exister, mais il faut distinguer sa mesure, son type et son rôle éventuel dans les symptômes.

Pourquoi cette idée paraît-elle cohérente ?

On imagine facilement qu’une jambe plus courte incline le bassin et modifie les contraintes transmises au dos, aux hanches ou aux genoux. L’image d’une table dont un pied serait plus court rend cette explication parlante : la table penche, donc certaines forces changent.

Mais le corps humain n’est pas une table rigide. Il s’adapte par ses articulations, ses muscles et sa façon de bouger. Une asymétrie ne signifie donc pas automatiquement qu’une douleur va apparaître.

Une différence de longueur : de quoi parle-t-on ?

Une différence anatomique concerne la longueur des os des membres inférieurs. Une différence fonctionnelle, elle, peut être observée dans la posture debout ou pendant un mouvement sans que les os eux-mêmes aient des longueurs différentes. Les deux situations ne se mesurent pas de la même manière. Les observations visuelles ou les mesures cliniques peuvent varier selon la méthode et l’examinateur.

La revue systématique d’Alfuth et collègues a comparé la validité et la fiabilité de méthodes cliniques et d’imagerie. Elle rapporte que le test en blocs peut être utile en pratique clinique et que la radiographie panoramique debout est une référence fiable pour mesurer une différence anatomique. Cela concerne la qualité de la mesure; ce n’est pas une preuve que la différence cause une douleur.

Une différence explique-t-elle les douleurs ?

La présence d’une asymétrie et son rôle clinique sont deux questions distinctes. Une mesure peut être exacte sans que la différence soit la cause du symptôme observé. Inversement, dans certaines situations, une différence importante peut être un élément pertinent à évaluer avec les autres informations cliniques.

Campbell et collègues ont étudié les semelles compensatrices chez des adultes ayant une différence de longueur des jambes et des troubles musculosquelettiques douloureux. Leur revue a inclus dix études, dont un seul essai randomisé; la qualité des preuves était faible ou très faible. Certains résultats suggèrent un bénéfice possible dans certains cas, mais ils ne justifient pas une correction automatique pour toute personne ni la conclusion qu’une asymétrie explique « la plupart » des douleurs.

Une semelle, un talonnette ou toute correction devrait donc être discutée au regard de la mesure, des symptômes, de la tolérance et des objectifs de la personne, et non décidée uniquement à partir d’une impression de bassin incliné.

Verdict : l’idée qu’une jambe plus courte explique la plupart des douleurs est exagérée. Les travaux sur la mesure ne démontrent pas la causalité, et les études sur les semelles restent de qualité limitée. Ces sources ne permettent ni d’écarter tout rôle possible d’une différence importante, ni d’attribuer systématiquement une douleur à une asymétrie.

Sources principales

  1. Alfuth M, Fichter P, Knicker A. Leg length discrepancy: A systematic review on the validity and reliability of clinical assessments and imaging diagnostics used in clinical practice. PLOS ONE. 2021;16(12):e0261457. DOI 10.1371/journal.pone.0261457.
  2. Campbell TM, Ghaedi BB, Tanjong Ghogomu E, Welch V. Shoe Lifts for Leg Length Discrepancy in Adults With Common Painful Musculoskeletal Conditions: A Systematic Review of the Literature. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation. 2018;99(5):981–993.e2. DOI 10.1016/j.apmr.2017.10.027.

Information générale, ne remplaçant pas une évaluation médicale ou un diagnostic individuel.