Charlotte Pudal

Repères & sciences / Bassin & examen

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Bassin & examen · 2 sur 6

Mon bassin est-il « décalé » ?

Réponse courte : un examen palpatoire isolé ne suffit pas à établir qu’un bassin est durablement déplacé, ni que cette position explique une douleur. L’expression « bassin décalé » mérite d’être précisée avant d’en tirer une conclusion.

Pourquoi entend-on cette explication ?

Le bassin relie le tronc aux membres inférieurs et participe à la marche, à la course et au port de charges. Lorsqu’une douleur se situe dans le bas du dos, la hanche ou la région pelvienne, il paraît donc intuitif de rechercher un déséquilibre à cet endroit. Des différences de hauteur ou de position observées à l’œil ou au toucher sont parfois décrites comme un bassin « tourné », « déplacé » ou « bloqué ».

Mais ces mots peuvent désigner des choses différentes : une asymétrie visible, une sensation de raideur, une différence anatomique ou le résultat d’un test clinique. Ils ne correspondent pas automatiquement à un diagnostic unique.

La première question : le test est-il fiable ?

Avant d’attribuer un symptôme à un décalage, il faut pouvoir établir que le décalage est effectivement présent. Un test est reproductible si différents professionnels, ou le même professionnel à plusieurs moments, obtiennent des résultats suffisamment semblables dans des conditions comparables.

La revue systématique et méta-analyse de Ribeiro et collègues a examiné 15 tests palpatoires de mobilité sacro-iliaque dans 28 études. La fiabilité entre examinateurs variait fortement selon les tests. Aucun des travaux inclus n’avait vérifié leur validité concomitante, c’est-à-dire si le test identifiait bien la caractéristique qu’il prétend mesurer par comparaison avec une référence indépendante. Pour la répétabilité par le même examinateur, le test de flexion assise était le seul à obtenir un accord intra-examinateur à la fois statistiquement significatif et jugé bon par les auteurs.

Ces résultats ne disent pas qu’un professionnel ne peut jamais observer une asymétrie. Ils invitent à ne pas transformer trop vite une impression palpatoire en certitude anatomique.

Et la relation avec la douleur ?

La revue de Ribeiro porte sur les qualités de mesure des tests; elle ne démontre ni que le bassin ne bouge jamais, ni que toutes les asymétries sont sans conséquence, ni qu’un décalage cause ou ne cause pas une douleur donnée. Pour établir un lien causal, il faudrait des données qui répondent directement à cette question. Une palpation ne permet pas, à elle seule, de déduire l’origine d’une douleur.

Une douleur pelvienne ou lombaire reste réelle, même lorsqu’un test de position ne fournit pas une explication certaine. L’évaluation peut prendre en compte l’histoire du problème, les activités qui gênent, les autres symptômes et l’examen global, plutôt que s’arrêter à une seule étiquette mécanique.

Verdict : les preuves ne permettent pas de conclure à un bassin durablement déplacé à partir de ces tests seuls. La revue évalue la fiabilité et la validité des tests palpatoires; elle n’étudie pas toutes les asymétries anatomiques et ne tranche pas la cause des symptômes individuels. En cas de douleur persistante ou inhabituelle, une évaluation adaptée reste indiquée.

Source principale

  1. Ribeiro RP, Guerrero FG, Camargo EN, Beraldo LM, Candotti CT. Validity and Reliability of Palpatory Clinical Tests of Sacroiliac Joint Mobility: A Systematic Review and Meta-analysis. Journal of Manipulative and Physiological Therapeutics. 2021;44(4):307–318. DOI 10.1016/j.jmpt.2021.01.001.

Information générale, ne remplaçant pas une évaluation médicale ou un diagnostic individuel.